Les aventures d’une famille en voilier

Un gros barracuda bien curieux
19 mai, 2015, 15:23
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Lorsque je l’ai vu pour la première fois, j’ai eu un doute. Il faut dire que je nettoyais vigoureusement l’hélice du bateau et que l’eau du port n’est pas un exemple de propreté. On y voit à un bon mètre. Au delà, c’est trouble. Et ma vision était d’autant plus limitée que les algues et les coquillages que j’enlevais de l’hélice contribuaient à réduire la visibilité.  Bref, l’espace d’un instant, entre deux coups de brosse, il m’avait semblé voir une grosse nageoire. Mais en regardant plus attentivement, il n’y avait plus rien. J’ai cru que c’était une algue en sustentation dans l’eau.

Mais 3 minutes plus tard, plus de doute, ce n’est pas une algue… J’arrête de frotter l’hélice pour regarder, un peu surpris tout de même, par un énorme barracuda d’environ 1,4 mètre passer lentement devant moi, à un mètre de distance… Il prend tout son temps, me laissant voir son long profil fuselé de prédateur et, surtout, sa grande gueule bien pourvue en longues dents avant de disparaître dans les eaux troubles. Ca fait tout de même un effet curieux, même si on sait que les barracudas n’attaquent pas l’homme. Celui-ci, qui est passé à plusieurs reprises, était juste curieux. Mais quand même, on regarde à deux fois…

Ce matin donc, nous quittons le port de plaisance de Pointe-à-Pitre pour nous rendre à l’îlet du Gosier, histoire de s’aérer un peu…

 



Une bonne tête à l’eau
18 mai, 2015, 4:37
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Il fait très chaud. Normal vous me direz, la Guadeloupe ne se trouve pas à proximité du Groenland. A 9 heures du matin donc, le thermomètre flirte déjà avec les 29 degrés. Et comme il ne vaut mieux pas se baigner dans les eaux du port, il faut trouver une alternative pour les enfants qui veulent s’ébrouer dans l’eau. La plage ? Il y en a, et des plutôt jolies. Comme dans les cartes postales exotiques. Du sable blanc, des cocotiers et des eaux transparentes où barbotent des poissons colorés et des tortues.

Mais il y a un hic pour beaucoup d’entre elles : elles sont envahies par les sargasses, des algues flottantes venues en masse du large  et qui viennent recouvrir -le mot est faible- les côtes.  Au delà du désagrément lié à la baignade au milieu d’un tapis d’algues flottant, il y a surtout l’odeur… Les sargasses en décomposition puent véritablement  l’oeuf pourri.

Et au vu des masses de sargasses amassées sur certaines plages, la jolie plage exotique bordée de palmiers mais noyée de sargasses présente alors une odeur  à peu près similaire à celle d’un énorme cloaque à ciel ouvert. Le problème des sargasses n’est pas neuf dans les îles des Caraïbes (la Guadeloupe n’est pas la seule île concernée), mais il n’est pas sans effet sur les activités locales, notamment touristiques.  Heureusement, toutes les plages ne sont pas touchées et on peut toujours trouver une au sable blanc bordée de cocotiers.

Les masses brunes sur la plage et celles flottant sur l'eau sont des sargasses. Dès qu'elles moisissent, elles dégagent une odeur évoquant une fosse septique...

Les masses brunes sur la plage et celles flottant sur l’eau sont des sargasses. Dès qu’elles moisissent, elles dégagent une odeur évoquant une fosse septique…

Mais aujourd’hui, ce n’est pas en mer que nous irons nous baigner mais dans un ce ces petits cours d’eau qui pullulent sur les îles des Caraïbes, pas très loin de la cascades des Ecrevisses, Parce que, justement, on y trouve des tas de petites … écrevisses. Original.

Là,c'est pas mal non?

Là,c’est pas mal non? Un peu plus bas peut être,  plus simple d’accès…

Et la température de l'eau est parfaite, juste fraîche comme il faut !

Et la température de l’eau est parfaite, juste fraîche comme il faut !

Et hop, c'est parti pour des heures d'amusement...

Et hop, c’est parti pour des heures d’amusement…

Tout le monde s'amuse pendant que papa prend les photos...

Tout le monde s’amuse pendant que papa prend les photos…

"Un p'tit saut, ça me tenterait bien..."

« Un p’tit saut, ça me tenterait bien aussi… »

"Mais noon, je ne vais pas plonger! Z'avez eu peur hein?"

« Mais noon, je ne vais pas plonger! Z’avez eu peur hein? »

Une fleur typique des Caraïbes :  l'héliconia.

Une fleur typique des Caraïbes : l’héliconia.

 

 

 

 

 

 



Une petite bilharziose ? Mais c’est quoi ça?
15 mai, 2015, 21:45
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Aujourd’hui, c’est jour de ballade sur les flancs de la Soufrière, dans la partie montagneuse et sauvage de la Guadeloupe. On y a repéré un magnifique lac, appelé « Grand Etang » . Chouette, parce qu’après une longue promenade, les enfants apprécient faire trempette dans l’eau.

Ça, c’était l’idée avant de partir. Parce qu’à peine arrivés sur place, un local nous dit d’entrée de jeu : « C’est calme ici, hein? Enfin, c’est normal, personne ne va aller dans l’eau pour attraper la bilharziose. »  Heu, la quoi ?   »La bilharziose, une maladie, une vraie saleté, poursuit notre interlocuteur.  Des vers vous pondent des oeufs sous la peau et ça fait des boules sous l’épiderme. Ça vient avec un mollusque dans les eaux stagnantes comme ici, une saloperie je vous dis… C’est pour ça qu’il n’y a jamais personne ici. Par contre, le coin est absolument magnifique… »

Le Grand Etang. Très joli, mais on ne va pas s'y baigner... Par contre le coin est magnifique et désert.

Le Grand Etang. Très joli, mais on ne va pas s’y baigner… Par contre le coin est magnifique et désert.

Renseignement pris, il s’avère que la bilharziose est la seconde maladie parasitaire au monde, après le paludisme. Cette « joyeuseté », causée par un ver,  est typiquement tropicale et toucherait environ 240 millions de personnes et la cause de plus de 200.000 décès chaque année rien que pour l’Afrique subsaharienne.

On apprend aussi que dans les eaux du lac, les sangsues y  sont au paradis et qu’en des temps lointains, les indiens ne se rendaient pas sur les berges du lac car habitées, pensaient-ils, par des créatures légendaires malfaisantes…

« Bon, les enfants, pour cause de risque de « bilharziose », on ne sort pas les maillots hein… »  Pour une fois, ils ont très vite compris, et n’ont pas émis la moindre protestation. Il faut dire que la description de « boules » sous la peau et les vers qui se baladent dans le corps était assez dissuasive.

On revoit donc nos plans: on marchera autour du lac, une belle ballade de plusieurs kilomètres au milieu de la brousse humide, au milieu des cris d’oiseaux exotiques et d’une végétation exubérante. C’est magnifique, et on ne s’en lasse pas…

C'est donc parti pour un tour du lac à pied.

C’est donc parti pour un tour du lac à pied.

De l'eau courante, pas de risque de bilharziose donc. Enfin, en principe...

De l’eau courante, pas de risque de bilharziose donc. Enfin, en principe…

La ballade était qualifiée de "facile".

La ballade était qualifiée de « facile ».

Il faut imaginer les cris foisonnants d'oiseaux exotiques...

Il faut imaginer les cris foisonnants d’oiseaux exotiques…

Un lézard peu farouche.

Un lézard peu farouche.

La baignade étant logiquement interdite au Grand Etang, nous sommes allés sur une plage située juste en face de la réserve marine Cousteau. Bon, question de goût, mais c'est trop touristique. Cela n'a pas empêché les enfants de s'éclater.

La baignade étant logiquement interdite au Grand Etang, nous sommes allés sur une plage située juste en face de la réserve marine Cousteau. Bon, question de goût, mais c’est trop touristique. Cela n’a pas empêché les enfants de s’éclater.

Tabéa préfère l'ombre d'un coffre...

Tabéa préfère l’ombre d’un coffre…

Enfin, autre nouvelle: le doigt blessé du capitaine guérit très bien, et on envisage de quitter la marina dans les prochains jours. Enfin, on va pouvoir fendre les flots turquoises de la mer des Caraïbes…

 

 

 



Prochaine étape : Marie Galante, si tout va bien…
4 mai, 2015, 4:16
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Nous voilà donc coincés dans la marina du Bas du Fort de Pointe à Pitre, le temps que ma blessure à la main gauche se guérisse. Et vaut mieux être prudent: sous les climats tropicaux, une blessure -même petite- s’infecte à la vitesse grand V et a vite fait de vous renvoyer à l’hôpital. Heu, non merci…

On s’occupera donc encore un peu plus de deux semaines avec le bateau à quai. Après quoi, on filera vers l’île de Marie Galante avant de revenir pour s’envoler vers la Belgique. Car, oui, Jan doit passer les épreuves de fins de cycle scolaire pour obtenir le CEB.   Mais nous ne rentrerons pas tous en Belgique, seul Jan et moi feront le voyage, Ragda restera avec les trois filles sur le bateau.

Pile Poil, amarré au quai pour une durée un peu plus longue que prévue.

Pile Poil, amarré au quai pour une durée un peu plus longue que prévue.

Pour nous, c’est un constat:  la vie sur un bateau dans une marina ne nous convient pas trop, même si le port de plaisance s’avère pas trop mal  et que le personnel charmant. D’un côté, on a l’eau et l’électricité à profusion, des machines à laver à disposition, des douches chaudes, etc.  Mais pas question de piquer une tête dans l’eau, on oublie le palme-masque-tuba pour observer les poissons, c’est parfois bruyant, des odeurs suspectes d’égouts planent parfois dans l’air et on se demande toujours pourquoi on construit des marinas loin de tout. Car, à part des cafés, restaurants, quelques boutiques et une supérette, il n’y a rien à faire et à voir dans les environs immédiats et à portée de chaussures (et avec des enfants)… Par contre, si on loue une voiture, c’est autre chose. Mais ça coûte cher.  Et les bus, ben… certaines lignes sont régulièrement assurées, d’autres moins.

 

La vie sur les pontons, les enfants apprécient moyennement, eux qui adorent plonger dans l'eau depuis le bateau...

La vie sur les pontons, les enfants apprécient moyennement, eux qui adorent plonger dans l’eau depuis le bateau…

Et pas toujours facile de grimper à bord. Mais les enfants se débrouillent très bien.

Et pas toujours facile de grimper à bord. Mais les enfants se débrouillent très bien.

Par contre, sur les pontons, on peut faire très vite de très très chouettes rencontres avec d’autres navigateurs. Dans notre cas, nous avons même retrouvé des connaissances croisées aux Canaries en décembre …2011. Difficile d’en faire la liste (on oublierait sûrement quelqu’un), mais la palme de la sympathie revient à Jesus et Inès, un couple d’Espagnols venus de Cadix et absolument adorable, et dont le voilier s’est retrouvé à côté de Pile Poil pour une dizaine de jours. Là, Inès est rentrée en avion à Cadix pendant que Jesus ramène leur voilier, seul, vers l’Espagne.

Jesus et Ines, un couple d'Espagnols vraiment adorables... Jesus traverse l'Atlantique en solo pour rejoindre Cadix, qu'Ines rallie en avion.

Jesus et Ines, un couple d’Espagnols vraiment adorables… Jesus traverse l’Atlantique en solo pour rejoindre Cadix, qu’Ines rallie en avion.

Ils ne sont pas les seuls à quitter la Guadeloupe. D’autres s’en vont pour un dernière navigation vers les îles d’Antigua ou de Barbuda avant de s’engager dans l’Atlantique, direction Europe. Pour nous donc, juste un peu de patience, mais on a hâte de s’ébrouer à nouveau dans les eaux turquoises…

Par contre, juste avant le départ, il faudra s’atteler à un travail pas des plus agréables: nettoyer la coque. Ben, oui, un bateau qui ne bouge pendant plusieurs semaines voit rapidement des hordes d’organismes en tout genre s’installer sur toute la partie immergée de la coque, hélice et tout le tintouin, au point de la transformer en un écosystème complet.

Bilan : le bateau est considérablement freiné.  Solutions : soit on gratte la coque à la spatule tous les mois (à l’éponge si on le fait une fois par semaine). C’est crevant et pas drôle même si on développe d’indéniables qualités d’apnéiste. Solution moins fatigante : on sort le bateau de l’eau à l’aide d’une grue et on recouvre la coque d’antifouling, un produit (type peinture) qui empêche les organismes de se fixer sur la coque. Forcément, ça coûte un peu mais on est tranquille un an. Nous, on a opté pour une solution intermédiaire. On a mis de l’antifouling voici 3 ans et maintenant on gratte. Mais là, y en a marre de gratter.

On aurait voulu sortir le bateau ici, à Pointe-à-Pitre, mais cela n’a pas été possible en raison de « délai d’attente »… Ce sera donc la spatule encore quelque temps. En plein port. Au milieu de de 500 ou 600 bateaux. L’eau n’est pas claire mais surtout, elle est sale, très sale.  Tenez, la dernière fois qu’il a fallu nettoyer la coque à la spatule dans un port, j’ai vu un étron passer pas loin de moi…  Qui a dit qu’on était en vacances?



Après la taie d’oreiller, le drap de lit pour la douche…
2 mai, 2015, 1:52
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Après une affreuse nuit, je m’éveille le matin dans cette chambre 617 au CHU de Pointe à Pitre, le nez sur une vitre si crasseuse qu’il est impossible de voir vers l’extérieur… Un peu d’espoir cependant; il semble que je passe au bloc opératoire aujourd’hui…  Mais je dois donc rester à jeun. Logique. Pas de petit déjeuner donc. Merde, j’ai faim… Même topo pour mes 3 confrères de chambre.  On passe donc à la douche préopératoire: un coin carrelé dans un pièce qui sert aussi de passage entre le couloir et des bureaux où passe du personnel en civil avec des dossiers sous le bras. Notez, il y a un magnifique (petit) rideau bleu en plastique qui préserve un semblant d’intimité.

En fait de douche, il ne s’agit pas de douche. Mais plutôt de se laver avec de l’eau versée dans un bassin en plastique posé sur une chaise. Comme je fais remarquer que la taie d’oreiller que j’ai reçu la veille pour m’essuyer était un peu juste, l’aide soignante m’a donné un … drap de lit, avant de me donner une chemise d’opéré couleur noire dans laquelle, c’est sûr, on va crever de chaud… Passage du médecin, qui m’indique que je peux manger car je serai opéré sous anesthésie locale. Chouette. Mais quand serai je opéré? « Ha, lance-t-il, aujourd’hui sans doute, mais peut être pas. Alors, ce sera demain.. C’est si Dieu veut. »

Dans les autres lits, on commence à devenir un peu nerveux car la situation est identique pour eux. Deux blessés de la route (accidents de moto)  et le troisième est tombé d’un échafaudage et leur situation n’a rien de drôle. Leurs proches, présents, commencent à faire aussi de petits bonds nerveux et leur voix grimpent de deux ou trois octaves. « Mais voilà trois jours que mon mari est là ! Il n’y a rien qui bouge… »  glapit une matrone antillaise en soufflant bruyamment devant les infirmières qui, honnêtement, font leur possible avec un manque apparent de moyens. Mon voisin, Richard, qui s’est cassé les deux jambes après avoir heurté un cocotier en moto poursuit: « mais c’est pas possible ça… »

Bref, on attend encore et encore. A part les infirmières qui viennent prendre « les paramètres » : la tension et la température, on glande ferme… Midi, 13 heures, 15 heures, 17 heures… toujours rien. Les heures passent. Je vois rapidement Ragda qui m’a apporté des vêtements propres, un livre (ouf ! ) et mes affaires de toilette.  18 heures rien. Le médecin repasse, mais rien sur une éventuelle opération dans les prochaines heures.  Moi, j’ai tout de même mangé, mais mes collègues de chambrée sont à jeun depuis le matin…

A 20 heures, toujours rien. Et, miracle, à 21 heures, on vient chercher « monsieur evrad » . Je n’y croyais plus ! Un brancardier me conduit au bloc opératoire où je patiente, seul, dans le couloir. Jusqu’à ce qu’un médecin en tenue opératoire vienne me trouver en lâchant : « Tiens, vous étiez attendu aujourd’hui? »  Argh, j’ai failli hurler que je voulais foutre le camp de là, que j’allais m’attacher quelque part. Mais pas besoin, le médecin qui est passé le matin me prend en charge et me voilà au bloc opératoire avec deux chirurgiens qui se penchent sur mon cas.  On commence par l’anesthésie locale. Aie, des piqûres entre les doigts, on se sent vivre… Pour le reste,l’opération a duré moins d’une demi heure. Et le chirurgien – un Français expatrié- de me dire : « vous savez, avec la blessure que vous avez, vous auriez dû sortir le jour même de votre entrée.  » Ben là, ça fait deux jours complets que je suis là…

Peu avant 22 heures, je suis de retour dans la chambre, où un autre patient a été également opéré. Mais il en reste deux autres qui devront encore patienter jusqu’au lendemain. Et dire qu’ils sont à jeun depuis le matin pour rien.

Le lendemain matin, le médecin passe, me donne mes papiers de sortie et je quitte la chambre non sans souhaiter une bonne chance pour mes trois confrères de chambre. Pour deux d’entre eux, le médecin leur disait : « on espère vous opérer aujourd’hui… »

J’ai couru pour quitter l’hôpital…

En attendant : interdiction de naviguer, de plonger et de nager pendant un bout de temps, jusque la fin mai. Ca ne fait pas nos affaires…



« Qu’est ce qu’on va faire de vous? »
30 avril, 2015, 1:48
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Me voilà donc embarqué en ambulance vers le service des urgences du CHU de Pointe-à-Pitre.  Rien à dire, je suis vite pris en charge par un médecin qui examine et soigne mes doigts blessés avant de m’indiquer que je devrai être opéré.  Une petite radio confirme qu’il n’y a a pas d’os cassés, ouf.  C’est après qu’un chirurgien m’indique qu’il ne sait pas quand je serai opéré. Aujourd’hui, demain, après-demain?   »Dès que c’est possible, me répète-t-il.  D’ici là, on va vous installer dans un service. »   Bon d’accord. Mais lequel? « Ha, ça, je ne sais pas non plus. »  Bon d’accord, j’attendrai.

Je passerai ainsi plus de 6 heures assis sur une chaise dans le couloir du service (d’une fraîcheur toute relative), sans manger, entre les blessés couchés sur des lits, d’autres plus enragés attachés à leurs lits, les détenus menottés (pour prise de sang), les visiteurs mis à la porte manu militari par deux cerbères de la sécurité type géants cubains avec lunettes de soleil sur le nez, les proches qui »gueulent » à tout va en créole, les hurlements de patients, ceux qui demandent pour la 10e fois ce qui leur arrive, etc.  Après 5 heures de patience, une doctoresse vient vers moi et me dit, avec un grand sourire un peu gêné: « Il n’y a plus de place dans les services, qu’est ce qu’on va faire de vous? » Ha ben moi, je n’en sais rien, mais je veux bien rentrer sur le bateau… Comment? Je ne peux pas?

Finalement, vers 19 heures, soit plus de 9 heures après mon entrée, on m’envoie au service de traumatologie, au 6e étage. « Si l’ascenseur fonctionne, dit un brancardier qui se lance dans ce qui semble être une imploration, yeux fermés, la joue contre la porte du dit  ascenseur. Bon, il marche. On arrive au service de traumatologie, chambre 217. Nous sommes 4 dans la chambre. Pas de climatisation, juste un seul petit ventilateur, « ben oui, c’est un des derniers, les gens les volent… » Les vitres sont grises de saleté et le stuc des murs part en morceaux. Les boiseries sont vermoulues par endroits et il n’y a pas de toilettes. Enfin, si, deux pour TOUTES  les chambres du service ET pour tous les visiteurs. Pour avoir essayé, je peux dire qu’y accéder avec une potence grinçante sur roulettes  où pendouille une poche de liquide physiologique tient d’un niveau avancé du jeu Tetris vu l’étroitesse des lieux.

Je porte toujours mes vêtements du matin, inondés de sang séché, tout comme mes mains et mes bras. Une infirmière me propose de prendre une douche. Mais comme je lui indique être arrivé en catastrophe et donc n’avoir ni gant de toilette ni essuie, elle me dit « tracasse pas, on te donne tout ça. »  Le gant de toilette sera donc un morceau de tissu coupé dans une chemise d’opéré (!) et une taie d’oreiller fera office de serviette. Quant à la douche, il s’agit d’un simple tuyau posé sur le sol et branché à un robinet dans une pièce qui semble aussi servir de débarras.  » Ha oui, il n’y a pas d’eau chaude ici »… Chouette. « Ha, vous êtes à l’étage le plus crade de tout l’hôpital » me lance l’infirmière.

Et Ragda et les enfants dans tout ça?  J’ai demandé à l’hôpital s’il était possible de prévenir mon épouse que je dois rester à l’hôpital : rien à faire, les appareils de l’hôpital refusent  les numéros de plus de 10 chiffres (Ragda a un numéro de GSM belge, 11 chiffres sans les deux O du préfixe). Ragda essaie également depuis le bateau, mais personne ne décroche… Sauf aux Urgences, où on lui indique « Madame, on a  perdu votre mari », ce à quoi a répondu Ragda sur un ton monocorde: « il faut le retrouver, j’en ai encore besoin… »

Finalement, après on ne sait quel miracle, on parvient malgré tout à s’entendre, disons…3 minutes, juste le temps de donner quelques détails.  Le soir, je m’écroule dans un lit sans oreiller, sans savoir quand je serai opéré. Un peu comme les trois autres patients de la chambre d’ailleurs, et pourtant plus sérieusement blessés que moi.  Il n’y a ni tv, ni radio, ni distributeur de boissons, je n’ai pas de livre ni d’ordinateur et je ne sais pas joindre Ragda.  Il fait crevant de chaud et il n’y a rien, absolument rien à faire…  Mon dieu, ça va être long.

La suite prochainement…



On récupère le safran, mais le capitaine perd un bout de doigt et en écrase un autre
28 avril, 2015, 20:40
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Ce devait être une bonne journée et on l’attendait avec impatience. Normal: c’est ce lundi que nous récupérions notre safran enfin réparé et qu’un plongeur , David, venait nous donner un coup de main pour le repositionner.  Nous étions heureux : le lendemain, nous allions enfin pouvoir reprendre nos navigations…

Mais voilà, faut croire que quelque chose ne devait pas aller ce jour là. Alors que la mise en place du safran était bien entamée, le voilà qu’il bloque à cause d’un misérable petit noeud de rien du tout, un petit noeud fait dans le bout (corde) avec lequel on remontait le safran.

David le plongeur, juste avant de replacer le safran. Après l'accident, il prendra d'initiative les enfants en charge et terminera le travail avec un copain à lui. Il s'est également beaucoup inquiété de l'état de santé de Tom. Sympa le gars.

David le plongeur, juste avant de replacer le safran (posé en travers de la barque). Après l’accident, il prendra d’initiative les enfants en charge et terminera le travail avec un copain à lui. Il s’est également beaucoup inquiété de l’état de santé de Tom. Un gars très chouette.

Après s’être escrimé dans le fond d’un coffre du cockpit, je parviens a à dégager le bout de corde coincé dans un manchon. Au même moment, la mèche de safran (en bon inox…) est remontée brutalement. Deux petits bouts de doigts de ma main gauche se trouvaient encore dans le chemin. Bilan: un bout de doigt écrasé et un autre bout de doigt sectionné sur presque un centimètre. Bref, il y a du sang partout et c’est donc parti pour un envoi express en ambulance aux urgences du CHU de Pointe à Pitre…

La blessure est tout de même impressionnante, mais les médecins me rassurent de suite : je récupérerai tout, même s’il faudra un peu de temps. Il n’y a pas d’os fracturé ni arraché, juste un très gros bout de doigt manquant.  Je peux oublier mon petit bout de doigt retrouvé dans le fond du bateau et emporté dans l’ambulance dans un sac de glace, le médecin urgentiste le jette d’ailleurs comme une vulgaire ordure dans un sac à déchets…

Je resterai trois jours à l’hôpital. Une aventure très insolite passée au 6e étage de l’hôpital,  qualifié comme le plus « crade » de tout l’établissement hospitalier. Quand j’ai vu les vitres grises de crasse (impossible de regarder à l’extérieur…), le plâtras tombant des murs, l’absence de climatisation,  sans oublier la petite taie d’oreiller qu’une infirmière m’a tendue en guise de serviette pour la douche, j’ai vite compris que je n’allais pas être déçu..  On raconte tout ça dans le prochain papier du blog…

Le safran, lui, est très bien réparé et a été replacé dans la journée par David qui avait appelé un copain à la rescousse.

 

 

 



La famille débarque de l’avion, que l’aventure commence…
21 avril, 2015, 3:52
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Ils étaient bien un peu pâlots et ils avaient les traits un peu tirés.  Bon, il est vrai que le vol depuis Orly avait été un peu long.  La famille – la soeur du capitaine, son mari et  trois de leur quatre enfants- est donc venue nous rejoindre en Guadeloupe. Bon, au vu de la place sur Pile Poil, ils ont logé à terre, dans un logement (superbe) à deux (petits) pas de la côte.  Ca a bien commencé, un de leurs enfants a eu une bonne grippe… Ca arrive.  Il faudra patienter un peu avant de se voir, histoire que nos enfants n’attrapent pas un de ces damnés virus belges.  Quatre jours à peine, avant de faire la première soirée sur le bateau, en ingurgitant des pizzas, du vin (un peu) et du rhum (un peu aussi)…

La famille venue de Belgique pour deux semaines. Et première soirée avec des ... pizzas.

La famille venue de Belgique pour deux semaines. Et première soirée sur le bateau, avec des … pizzas.

Les retrouvailles avec les proches sont toujours des moments très particuliers lorsqu’on voyage. Parce qu’il n’y a rien à dire:  la famille reste la famille. Et quand la distance réduit les rencontres, on en déguste chaque instant, car ne sait pas quand sera la prochaine fois…  Déjà lors du premier voyage, les proches étaient venus nous rejoindre (à deux reprises) et nous avions passé des moments fabuleux. La séparation à l’aéroport n’en n’est que plus difficile, pour tous: adultes et enfants. Attention, kleenex obligatoires….

Il faut dire aussi que, dans notre cas, la famille nous as toujours soutenus dans notre volonté de voyager (même si on se doute qu’il y a eu des ventres noués par moments…). Ils avaient tous dévoré les témoignages de familles parties voyager avec des enfants en voilier. Et aujourd’hui, la légitime inquiétude des débuts a laissé la place à une carte géographique avec une question récurrente: « Où va-t-on les rejoindre? »  Pour les uns, ce sera sans doute Cuba, pour d’autres, ce sera le Panama. A moins que le  Costa Rica? Ou  les îles San Blas? A voir.  Pour nous, les rapports avec la famille avant et pendant le voyage sont excellents (Skype permet des appels réguliers).  Mais on ne peut pas nécessairement dire que ce soit le cas pour toutes les familles en voyage, qui doivent parfois composer avec des proches réticents à l’idée de laisser partir leurs petits enfants, par exemple-  pour un voyage jugé dangereux …  On a déjà constaté que bien expliquer le voyage, les préparatifs, décrire les aspects « sécurité »  (important ça!), le suivi scolaire, etc, permet de calmer les craintes (compréhensibles) de ceux qui restent à terre.

Mais rien de tout ça en ce qui nous concerne, puisque les liens familiaux sont excellents. D’ailleurs, nous ne sommes par les seuls chez nous à nous expatrier régulièrement pour découvrir ce qu’il y a de l’autre côté de l’horizon. Faut croire qu’on a un peu ça dans le sang…

Bref donc, avec le famille, nous sommes partis parcourir la Guadeloupe durant plusieurs jours. Des expéditions qui, toutes, ont été mémorables. Il y a eu les chutes du Carbet, l’île de la Désirade, la pointe des Châteaux, etc.  15 jours qui sont passés trop vite. Comme toujours. Quand est ce qu’on recommence?

Des rouges gorge qui viennent presque manger dans la main près des chutes du Carbet.

Des rouges gorge qui viennent presque manger dans la main près des chutes du Carbet.

Et parfois, les oiseaux, peu farouches, viennent picorer dans la main.

Et parfois, les oiseaux, peu farouches, viennent picorer dans la main.

Une plage près de Deshaies, une bourgade qui servait de cache pour les corsaires du roi de France et de la flibuste, et donc régulièrement attaquée par les Anglais.

Une plage près de Deshaies, une bourgade qui servait de cache pour les corsaires du roi de France et de la flibuste, et donc régulièrement attaquée par les Anglais.

Là où il y a des pêcheurs (presque partout donc), on voit des pélicans.

Là où il y a des pêcheurs (presque partout donc), on voit des pélicans.

Promenade près d'une rivière (dont on a oublié le nom...) aux eaux très claires poissonneuse.

Promenade près d’une rivière (dont on a oublié le nom…) aux eaux très claires et poissonneuses.

L'église de Deshaies, typique des Antilles.

L’église de Deshaies, typique des Antilles.

Tabea, heureuse, a pu retrouver son parrain; Chouette alors !

Tabea, heureuse, a pu retrouver son parrain; Chouette alors !

Cousins et cousines se sont retrouvés durant deux semaines. Tudju, ils ont adoré !

Cousins et cousines se sont retrouvés durant deux semaines. Tudju, ils ont adoré !

 

 

 

 

 



A la découverte de la Desirade sur deux épaves
17 avril, 2015, 19:48
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Ce jour là, nous avions décidé de nous rendre -toujours avec la  famille venue de Belgique- sur l’île de la Desirade. Ce n’est pas bien grand: juste un petit bout de terre de 10 km de long et 2 km de large, habité par moins de 1600 âmes.  Très calme, très authentique et de belles plages désertes protégées par des récifs de corail…  On a loué deux 4×4 -pour visiter l’île, qui culmine à 275 mètres d’altitude.  Il n’y a qu’une seule route, qui longe la côte sud. Le reste, ce sont des sentiers et une piste qui grimpe jusqu’à un haut plateau. Et pour la dite piste, pas de salut sans un  4×4.

Depuis les côtes de la Guadeloupe, on aperçoit l'île de la Desirade.

Depuis les côtes de la Guadeloupe, on aperçoit, à l’horizon, l’île de la Desirade.

Une des quatre plages de la Desirade.

Une des quatre plages de la Desirade.

Enfin, en fait de 4×4, on parlera plutôt d’épaves. Les pneus sont bien entamés, certaines fenêtres ne se ferment plus, d’autres sont  bloquées à mi course avec un tournevis, des joints en caoutchouc manquent à l’appel ou pendent lamentablement dans le véhicule, les moteurs sont poussifs et sont clairement en bout de course. On ne parlera pas des freins à main:  mieux vaut bloquer les voitures avec de grosses pierres calées derrière les roues.  Un des pare-brise est fendu de partout tandis que le pare brise arrière est maintenu par un bout de corde.  Et quand on voit la roue de secours, on se dit qu’il ne vaut mieux pas crever. Ça promet…

Les "4x4" du jour. Mieux vaut les caler avec des pierres, vu l'état des freins à main...

Les « 4×4″ du jour. Mieux vaut les caler avec des pierres, vu l’état des freins à main…

Le pot d'échappement du premier 4x4 qui a laché dans une côte escarpée.

Le pot d’échappement du premier 4×4 qui a lâché dans une côte escarpée.

Et de fait, les problèmes n’ont pas tardé à survenir. Dans une côte très abrupte, le pot d’échappement d’une des voiture a lâché. Impossible de continuer comme ça. On rêvait de manger à midi sur le haut plateau de l’île avec une vue imprenable, ce sera sur une dalle de béton au bord du sentier au milieu de petits buissons. C’est sûr, c’est moins poétique…

Nous avions prévu de pique-niquer sur le plateau de l'île, mais ce sera finalement sur une dalle de béton, heureusement protégée du soleil.

Nous avions prévu de pique-niquer sur le plateau de l’île, mais ce sera finalement sur une dalle de béton, heureusement protégée du soleil.

Qu’à cela ne tienne, on tente de contacter le loueur de voitures, mais le téléphone sonne dans le vide (longtemps et de manière répétée), il faudra finalement redescendre jusqu’au bourg. Mais pas de soucis, la voiture sera changée dans l’heure.  Mais au vu de l’état de l’épave de remplacement, on laissera tomber le haut plateau, on suivra sagement l’unique route de l’île, celle qui suit la côte sud et ses plages.  Et il n’y a rien à dire, c’est plutôt joli et on y a tous piqué une tête…

Des plages de sable blanc, comme on en voit sur les cartes postales.

Des plages de sable blanc, comme on en voit sur les cartes postales.

Des couleurs magnifiques.

Des couleurs magnifiques.

On se serait bien installés là pendant quelques jours.

On se serait bien installés là pendant quelques jours.

D'autant que nous avions de la compagnie, comme ce gros iguane perché dans un arbre.

D’autant que nous avions de la compagnie, comme ce gros iguane perché dans un arbre.

Seul bémol : les sargasses venues du large et qui, par endroits, recouvrent les plages. Un fléau puisque la présence massive des algues ont un sérieux impact sur les écosystèmes côtiers.

Seul bémol : les sargasses venues du large et qui, par endroits, recouvrent les plages. Un fléau puisque la présence massive des algues ont un sérieux impact sur les écosystèmes côtiers.

Cerise sur le gâteau: au retour, en bateau, vers la Guadeloupe, on verra deux baleines…



Comme Christophe Colomb…
17 avril, 2015, 3:13
Classé dans : articles

C’est au soir du 4 novembre 1493 que Christophe Colomb a découvert la Guadeloupe. Ce jour là, il était en quête d’eau potable. Pourquoi la  Guadeloupe? Colomb avait repéré, depuis la mer, d’immenses chutes d’eau trouant la forêt tropicale et connues aujourd’hui sous le nom de Chutes du Carbet. Alors, on a décidé  d’aller voir – avec la famille venue nous retrouver de Belgique- ces fameuses chutes, au nombre de trois.

Au début, le chemin pour accéder à la seconde chute – la plus aise- s’est avéré simple puisque bien aménagé. La chute, qui tombe depuis 11o mètres de haut est impressionnante. C’est lorsque nous avons voulu rejoindre la 3e chute que les choses se sont compliquées. Il avait beaucoup plus les derniers jours voyez vous.  Et le chemin (enfin, la piste…) n’est plus aménagée. Du tout. Du coup, il n’y avait que nous.  On a un peu ramés, mais on s’est bien amusés …

 

La seconde chute du Carbet. 115 mètres de haut...

La seconde chute du Carbet. 11o mètres de haut… La première chute, qui se situe à plus de 1000 mètres d’altitude, fait un bond de 115 mètres.

Au début, un chemin facile au milieu d'une végétation exubérante.

Au début, un chemin facile au milieu d’une végétation exubérante.

Après, ça se complique.  La végétation reste exubérante, mais on oublie chemin aménagé, place à a la gadoue bien profonde.

Après, ça se complique. La végétation reste exubérante, mais on oublie le chemin aménagé, place à a la gadoue bien profonde.

Heu, on passe à gauche ou à droite?

Heu, on passe à gauche ou à droite?

Pause midi là où on peut. On avait ce qu'il fallait.

Pause midi là où on peut. On avait ce qu’il fallait.

Et on repart dans le grand vert, au milieu de chants d'oiseaux.

Et on repart dans le grand vert, au milieu de chants d’oiseaux.

Chouette, une petite feuille pour l'herbier...

Chouette, une petite feuille pour l’herbier…

Bon, il et où le chemin?

Bon, il et où le chemin? Une pensée pour Colomb et ses hommes qui , en plus, devaient porter des barriques d’eau…

Finalement, l'heure avançant, nous avons fait demi tour. Nous n'avons pas vu la 3e chute du Carbet, mais on s'est bien amusés...

Finalement, l’heure avançant, nous avons fait demi tour. Nous n’avons pas vu la 3e chute du Carbet, mais on s’est bien amusés…

Un bain? Comment ça un bain? Et pourquoi?

Un bain? Comment ça un bain? Et pourquoi?

Le village de Sainte Marie, à l'endroit où débarqua Christophe Colomb le 4 novembre 1493. On le dira de suite : c'est moche et pas entretenu.  En même temps, on peut se demander ce que peut représenter Colomb pour les Antillais si ce n'est le début de problèmes...

Le village de Sainte Marie, à l’endroit où débarqua Christophe Colomb le 4 novembre 1493. On le dira de suite : c’est moche et pas entretenu. En même temps, on peut se demander ce que peut représenter Colomb pour les Antillais si ce n’est le début de problèmes genre esclavagisme, extermination, maladies, etc…

 

 

 

 

 

 

 


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